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Vendredi 23
Atelier de communication
Bruno Devauchelle, Université de Poitiers
› 9:40 - 10:05 (25min)
› Salle Buisson 1
Etudier les usages et conscience des usages du numérique en éducation
Muriel Epstein  1, 2@  
1 : Sophiapol  -  Site web
Université Paris Ouest Nanterre La Défense : EA3932
2 : Statistique, Analyse et Modélisation Multidisciplinaire (SAmos-Marin Mersenne)  (SAMM)  -  Site web
Université Panthéon-Sorbonne

La notion d'usage du numérique est, à ce jour, comprise et utilisée par les enseignants comme « usage institutionnel » du numérique (Chaptal, 2007), de sorte que les usages non institutionnels du numérique en éducation sont non conscientisés (Ladage et Ravenstein, 2013) et que les réponses des enseignants aux enquêtes qualitatives ou quantitatives des chercheurs reflètent surtout la compréhension par les enseignants de la demande institutionnelle des usages du numérique.

Or, comme l'explique André Tricot, notamment dans la communication (Chaker H., et al. 2010) c'est l'association de tâches et d'outils (numériques) qui permet de définir un usage et un métier. Ainsi l'évolution du métier d'enseignant du secondaire en France, lorsqu'elle est étudiée par entretiens, et enquêtes quantitatives aboutit à des résultats convenus qui ne reflètent pas les pratiques mais la vision d'icelles. Les entretiens non directifs et observations sont plus pertinents mais ne permettent pas une généralisation des résultats.

Dans un contexte d'institutionnalisation de l'innovation décrit notamment, par Patrice Flichy (2003), la dimension locale de l'innovation numérique et la nécessaire interconnexion entre l'établissement et l'Education Nationale, entre un équipement collectif et des postures individuelles oblige à penser les interactions entre le local et le national. (Devauchelle 2015)

Ainsi étudier globalement les usages numériques en éducatifs s'impose mais simultanément, il faut les étudier dans leurs contextes locaux. Il apparait nécessaire de réfléchir à la conscience des usages, en lien avec leur aspect transdisciplinaire, avec les notions d'identités des enseignants, la dimension socio-critique, leurs dimensions institutionnelles et innovantes.

 A la suite de la théorie enracinée de Glaser et Strauss (2001), nous avons développé une technique d'analyse qualitative des blogs, c'est-à-dire une technique quantitative d'analyse textuelle, basée sur des statistiques bayésiennes non supervisées (modèles lda ou « topic model ») que nous avons appliquées à 50 blogs d'enseignants français du second degrés sur la période 2016/2017 afin d'étudier spécifiquement leur rapport au numérique. Nous proposons de présenter dans cette communication, cette méthode, son originalité technique (en particulier le fait qu'il s'agisse d'une méthode inductive et non déductive), et ce qu'elle apporte sur le fond de l'analyse.

A l'instar de Nolwen Henaff (2009) qui analyse dans le détail le blog d'une enseignante d'histoire-géographie comme on analyserait un journal intime, nous nous demandons si la tenue d'un blog est « une pratique professionnelle innovante , née d'un dispositif technique ? ». Alors que 99% des enseignants disposent d'un ordinateur personnel (Profetic 2016), on trouve assez facilement des blogs d'enseignants “anti-numériques” (1) de sorte que tenir un blog ne signe pas une pratique d'enseignement revendiquée comme numérique. Il est certain que le groupe des enseignants tenant un blog ne saurait être représentatif de l'ensemble de la profession, mais on aurait tort de faire d'emblée l'hypothèse d'un biais de sélection sur le rapport au numérique de l'auteur selon cette seule variable. Utilisant les informations disponibles en ligne sur les auteurs (sexe, type d'établissement, discipline enseignée, ancienneté), nous avons pu croiser nos informations avec le contexte sociologique des enseignants, ce qui nous permet ainsi une analyse socio-critique.

La communication, au croisement des axes épistémologiques et méthodologiques du colloque, présenter a une technique quantitative d'analyse textuelle des blogs enseignants qui permet d'articuler usages du numérique, conscientisation de ces usages en lien avec les normes institutionnelles avec un début de généralisation conciliant les approches microscopiques et macroscopiques, qualitatives et quantitatives.

(1) par exemple http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/09/02/le-desastre-de-l-ecole-numerique-a-lire-d-urgence-5842898.html

Chaker, H., Chevalier, M., Soule-Dupuy, C. & TricotT, A. (2010). Système de recherche d'information pour les tâches métier. CORIA, Conférence en Recherche d'Information et Applications, 18-20 mars 2010, Sousse, Tunisie

Chaptal A. (2007), « Usages prescrits ou annoncés, usages observés. Réflexions sur les usages scolaires du numérique par les enseignants », Document numérique 3(10), 81-106.

Devauchelle, B. (2015). Vie scolaire et usage du numérique. La parole de l'élève. Administration & Éducation, 146,(2), 145-149. http://www.cairn.info/revue-administration-et-education-2015-2-page-145.htm

Henaff N. (2009), « Etude d'un blog pédagogique. Le blog d'une enseignante en histoire-géographie», Distances et savoirs 3(7), 377-398. URL : www.cairn.info/revue-distances-et-savoirs-2009-3-page-377.htm

Ladage C., Ravestein J. (2013). Internet et enseignants : entre contrastes et clivages. Enquête auprès d'enseignants du secondaire Sticef, 20. URL : www.sticef.org



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