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Vendredi 23
Atelier de communication
Brigitte Albero, Université Rennes 2
› 11:25 - 11:50 (25min)
› Salle Buisson 1
Vers un modèle conceptuel pour discriminer utilisation, usage et pratique
Jean-François Cerisier  1@  , Anamelea De Campos Pinto  1@  , Luis Galindo  1@  , Carolina Gracia Moreno  1@  , Laëtitia Pierrot  1@  , Maher Slouma  1@  , Melina Solari Landa  1@  
1 : Technologies Numériques pour l\'éducation  (TECHNÉ - EA 6316)  -  Site web
Université de Poitiers : EA6316

En considérant que toute interaction entre artefact et sujet suppose une instrumentation, au sens de Rabardel (1995, 2005), les trois notions d'utilisation, usage et pratique peuvent qualifier l'activité instrumentée. Dans tous les cas, il s'agit d'observer l'action du sujet dans la médiation instrumentale de son activité. Trois pôles, l'individu, la technique et le social, se retrouvent dans la médiation sociotechnique, comme l'observe Coutant (2015). Ils sont interdépendants et plus ou moins présents dans les différents termes au cœur de notre article : utilisation, usage et pratique.

Si le nombre de publications autour de ces trois termes augmente de manière croissante dans la dernière décennie, leur définition est vague ou ambigüe dans les littératures scientifique et professionnelle. Plusieurs auteurs les emploient comme des synonymes, sans faire de distinction, contribuant au caractère « cacophonique » évoqué par Albero (2013) à ce sujet.

L'utilisation, l'usage et la pratique renvoient tous à des actions. La relation de dépendance entre eux paraît évidente. D'ailleurs, dans les efforts visant à les définir, les chercheurs proposent une compréhension de l'utilisation par rapport à l'usage, de l'usage par rapport à la pratique, etc. Vidal (2012) indique que « pour développer des utilisations, puis des usages s'insérant dans des pratiques informationnelles, communicationnels, culturelles, les usagers s'appuient sur un imaginaire social qui les rassemble en tant qu'individus ». Avant elle, Lacroix (1994) propose de parler d'usages sociaux comme « mode d'utilisation [....] qui viennent s'insérer dans l'éventail des pratiques culturelles existantes ». Millerand (1998) précise que « le terme usage est utilisé pour celui d'emploi, d'utilisation, de pratique, ou encore d'appropriation [...] » et note que « l'usage renvoie à l'utilisation d'un média ou d'une technologie, repérable et analysable à travers des pratiques et des représentations spécifiques ». Ces exemples illustrent la polysémie des termes en ce qui concerne :

  • le périmètre couvert ou non par les termes,
  • l'échelle qui peut se rapporter à l'action la moins élaborée ou au dispositif complet,
  • l'ordre d'apparition dans l'activité humaine.

A partir du cadre théorique constitué autour des travaux évoqués précédemment ainsi que certains de nos travaux de recherche, nous avons procédé dans un premier temps à la conceptualisation de ces trois termes. Puis, nous sommes parvenus, à partir de travaux de quatre recherches doctorales, à proposer un modèle permettant de distinguer utilisation, usage et pratique, ce qui constitue l'originalité de notre étude. A cheval entre un axe strictement épistémologique et un autre plus méthodologique, notre communication visera à présenter le modèle retenu.

Une fois conceptualisés, nous retenons quatre dimensions constitutives des concepts, qui sont souvent mobilisées et cela de façon entrelacée :

- le contexte (correspondant à la configuration sociale dans laquelle se situe l'individu),

- l'action (ce que l'individu fait matériellement avec l'objet),

- la temporalité (en tenant compte du fait que ces concepts sont inscrits dans le temps),

- et l'intention (le motif ou l'objectif conscient de l'action).

Dans le modèle que nous proposons, l'action est la première dimension considérée, puisque nos travaux s'articulent autour du rapport qu'a l'individu avec un ou plusieurs objets. Cela se traduit par l'étude de la médiation instrumentale (Rabardel, 1995, 2005). L'instrumentation est le premier axe que nous retenons et elle peut aller de la plus élémentaire à la plus complexe et élaborée. Elle dépend du niveau d'interaction que suscite l'artefact (l'affordance par exemple) et de la complexité du schème d'utilisation. Le second axe se réfère à la socialisation : de l'action non socialisée à celle complètement socialisée, impliquant plusieurs individus. Le modèle est donc composé de quatre quadrants qui résultent du croisement de ces deux axes. L'utilisation peut aussi bien impliquer une instrumentation élémentaire que complexe, d'où la fusion des quadrants 2 et 3.

Ainsi, nous retenons que :

- l'action restreinte à un individu, qu'elle soit très élémentaire ou complexe relève de l'utilisation ;

- l'action socialisée (partagée dans l'espace social), si elle est élémentaire relève de l'usage, si elle est complexe, elle relève de la pratique.

Le modèle présenté a été testé et appliqué à quatre contextes de recherche qui ont en commun d'observer l'appropriation des techniques numériques par les jeunes. Ces études mettent en avant le fait que la différence entre les concepts se situe aussi dans la posture adoptée par l'observateur. Le modèle proposé pourra être enrichi par de futurs travaux dans d'autres contextes.



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