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Y a-t-il encore une place pour l'esprit critique dans l'enseignement de l'information numérique ?
Florent Michelot  2, 1@  
2 : Département de psychopédagogie et d'andragogie  (Département de psychopédagogie et d'andragogie)  -  Site web
Université de Montréal -  Canada
1 : Département de science politique  (Département de science politique)  -  Site web
Université du Québec à Montréal -  Canada

Théories du complot, fausses nouvelles, rumeurs, etc., depuis l'avènement de l'informatique, la question de la gestion cognitive de l'abondance d'informations entourant l'individu s'est imposée comme une problématique sociétale. Au détour de plusieurs politiques publiques, parfois d'envergures nationales, on a ainsi pu voir des tentatives visant à juguler ce phénomène. Pour répondre à ce phénomène mondial, les initiatives ne manquent pas à l'image du gouvernement français convoquant l'esprit critique et son développement comme remède. Ainsi, le 12 octobre dernier, se déroulait à Paris les seizièmes « Rencontres Culture numérique » consacrées, pour une troisième reprise à l'éducation aux médias et à l'information (EMI). À cette occasion, Françoise Nyssen, la ministre française de la Culture prononçait une allocution dans laquelle elle considérait que « développer l'esprit critique des plus jeunes » était « une des grandes priorités » qu'elle partageait avec son homologue à l'Éducation nationale. Or, plusieurs dispositifs existent déjà pour accompagner, encadrer ou évaluer la manipulation de l'information numérique chez les apprenants.

En ce sens, la communication que nous proposons soumettra une revue aussi exhaustive que possible des référentiels (frameworks) qui ont été suggérés tantôt dans un contexte scientifique, tant dans un environnement (para-)public (organisations internationales, gouvernements, institutions universitaires, bibliothèques) ou privé (ONG, OSBL), voire mercantile. Cette recherche reposera essentiellement sur une revue de littérature, à fin d'études comparatives, des modèles de littératies informationnelles (et son pendant francophone, la « culture informationnelle ») et de ses déclinaisons successives afin de déterminer la place éventuellement accordée aux éléments évoquant la pensée critique.

Dans un passé récent et afin de renforcer l'aptitude à réaliser le tri parmi l'abondance des ressources, le milieu de l'éducation et de la bibliothéconomie a donc notamment eu recours au concept d'Information Literacy. Même si nous verrons que sa définition a elle-même été sujette à évolution et à tiraillements culturels dans des débats conceptuels homériques, on pourrait ici la qualifier en tant qu'« ensemble des habiletés requises en vue de reconnaître le moment où l'on a besoin d'information, ainsi que pour localiser, évaluer et utiliser avec efficacité ladite l'information » (Association of College and Research Libraries, 2000, p. 2). Cependant, la littératie informationnelle, par son caractère normatif, se distancie déjà de son interprétation francophone (Serres, 2007a).

Aussi, les mutations des médias ont imposé une redéfinition de ce concept afin de s'adapter aux réalités contemporaines liées à l'émergence des technologies de l'information (T.I.) dans l'espace informationnel. Littératie médiatique (Media Literacy), littératie visuelle (Visual Literacy), cyberlittératie (Cyberliteracy), translittératie (Transliteracy), métalittératie (Metaliteracy), etc. : autant de propositions de modèles de compétences informationnelles qui, à travers les années, ne seraient parvenus à répondre que temporairement ou de façon incomplète aux enjeux des nouveaux médias.

Or, si cela est appréciable, Serres doute que « l'autonomie technique [entraîne] par miracle l'autonomie intellectuelle » (2007, p. 73). Selon lui, « repérer, identifier, discerner, évaluer l'origine, la fiabilité, la qualité et la pertinence d'une information est [devenu] l'un des défis les plus cruciaux de l'école ».

En effet, plusieurs des modèles de littératie informationnelle, médiatique ou numérique appréhendent le rapport du numérique au seul prisme de « former des utilisateurs “presse-bouton” » (Duchâteau, 1992, p. 2).

Il y a donc un enjeu lié à la pensée critique, entendu comme le « processus intellectuel rigoureux de conceptualisation, application, analyse, synthèse ou évaluation active et habile de l'information collectée ou générée » (Scriven et Paul, 1987).

La présente proposition de revue s'inspirera de la méthode de l'anasynthèse telle que décrite en détail par Messier et Dumais (2016), particulièrement dans ses premières étapes consistant en l'élaboration d'un « ensemble de départ » permettant ensuite d'être analysé et, finalement, synthétisé.

Cet communication s'appuiera notamment sur une étude menée en parallèle au sein de notre groupe de recherche et qui vise plus d'une centaine de référentiels et autres documents assimilés. Ces documents, produits sur les cinq continents, ont été ciblés pour faire émerger les principales tendances et leurs évolutions successives.


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